samedi 1 octobre 2011

Le bonheur est le ravissement d'une vie


     Plus j'expérimente, plus j'ai la conviction que le bonheur d'une vie n'est qu'une succession de périodes de la vie durant lesquelles l'on se sent heureux. Le bonheur continu n'est qu'une légende. Ces stades au cours desquels allégresse, légèreté et abandon se mêlent ne peuvent durer : c'est leur caractère éphémère qui les rend si enchanteurs. C'est donc, je crois, que l'éphémère est indispensable au bonheur : ces extraits de l'existence qui se détachent du reste, du quotidien. Le bonheur bouscule et bouleverse, surprend et finit par s'estomper au fil du temps; mais quelle sensation a la capacité d'être intemporelle ?
Le bonheur, une si douce et agréable sensation qui donne envie de clamer au monde que tout va bien. Le bonheur, un sourire indécrochable. Alors quel est le ticket d'entrée, comment y accéder, quelle en est la condition ? Car celui-ci persiste incontrôlable, imprévu. Proust disait : "Il est très rare qu'un bonheur vienne se poser précisément sur le désir qui l'avait appelé." Il me semble donc qu'il survient dans les moments de notre paisible existence lorsqu'on ne s'y attend pas. Un jour il y a quelque chose de nouveau, quelque chose qui se révèle et qui nous fait éprouver telle ou telle émotion, conduisant à ce sentiment de satisfaction et de bien-être permanent si rare et délectable.
Le bonheur se vit de façon intense, et ce qui le distingue du banal, ce sont les souvenirs qu'il nous laisse : des souvenirs sublimés par rapport à l'ennui à qui il a fait place.
Le bonheur est un concentré de nos extraits d'existence dans lesquels on s'est plu, dans lesquels on est parvenu à s'épanouir, à se sentir vivant, et souvent l'on se rend compte qu'on l'a connu une fois qu'il n'est plus. Voilà la complexité du bonheur, aspiré de tous : au final il nous fait mal de ne plus nous peupler, et ce n'est que dans ces instants de trouble que l'on réalise : j'ai été heureuse.